Équilibre : Parlons de la montagne avec Jonas Guyaux

Dans cette interview, le réalisateur belge Jonas Guyaux nous emmène dans les coulisses de son court-métrage documentaire "Équilibre", participant à l'édition 2025 de notre catalogue "Films for a Change".

Mars 7, 2026 - 17:32
Mars 7, 2026 - 17:33
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Équilibre : Parlons de la montagne avec Jonas Guyaux

Indie-Clips Original Interview

Équilibre

Réalisé par Jonas Guyaux

Jonas, peux-tu nous en dire plus sur toi et sur ton court-métrage Équilibre ?

Je suis Jonas, bruxellois de 32 ans. Je suis anthropologue, vidéaste et grimpeur depuis de nombreuses années. J’aime bien questionner « nos manières d’être au monde » et je suis inspiré par les personnes qui osent faire un pas de côté, tester d’autres possibles. Il y a un an, j’ai créé « Cinésie » avec Emma Landet-Lacoste : une boîte de production qui réalise desvidéos pour les acteurs et actrices de changement (les citoyens, associations, artistes, l’économie sociale et solidaire). 

Équilibre est une tentative de raconter un récit de montagne différent où les ascensions deviennent des lieux pour redescendre, éprouver l’humilité et se reconnecter à nos parts animales. C’est un film que j’ai construit avec mon amie Pamela (le personnage principal) pour qui la montagne est un lieu « qui nourrit », émancipe et permet de chercher des équilibres pour soi et pour le collectifcollectivement. C’est assez naturellement que je lui ai proposé de faire ce film et elle a été super emballée !


Qu’est-ce qui t’a inspiré à susciter une discussion autour de ce sujet ? En quoi dirais-tu que ton court-métrage explore ou propose un changement ?

Avec Pamela, nous avons un jour assisté à un gros festival de film en montagne. On en est sorti un petit peu dégouté… Car bien que passionné·es d’escalade et d’alpinisme, aucun·e de nous deux ne s’était reconnu·e dans les récits qui avaient été proposés. Ces derniers étaient - pour la plupart - performatifs, héroïsants et bien souvent masculins… Les rôles de genre montrés étaient parfois très stéréotypés. Pour moi, ces récits participent - à leur échelle - à une vision du monde problématique qui reproduit des rapports de domination et une vision consumériste de la nature. On a parfois cette idée préconçue que le milieu de la grimpe et de la montagne est assez alternatif mais il est traversé par les mêmes dynamiques que le reste de la société. Je pense qu’un vrai questionnement est nécessaire dans ce sport comme dans les autres.  

C’est la raison pour laquelle on a décidé réaliser Équilibre. Pour poser un regard contemplatif et humble sur la montagne, ce lieu qui a tellement à nous apprendre. Dans le film on dit à un moment que « la montagne est porteuse d’une douce révolution » et, plus tard, que « son silence nous appelle ». Je crois qu’il y a quelque chose dans le silence des montagnes qui peut nous soigner un peu, nous remettre à nos places et nous faire changer de cap. Mais cela demande d’approcher cet environnement avec une vraie humilité, d’y aller pour apprendre et non pas pour être le plus fort.  

Un livre qui a inspiré ce film est « petit éloge de la médiocrité » de Guillaume Meurisse. Sa thèse est que le monde irait beaucoup mieux si l’on assumait toutes et tous que nous sommes médiocres, c’est-à-dire comme tout le monde, pas mieux ou moins bien. Peut-être que les ambitions démesurées de certains - qui amènent la domination et l’exploitation des humain·eset de la nature - n’auraient plus lieu d’être ? La montagne est un lieu qui invite à reconnecter à sa médiocrité, dans le sens positif du terme.


Quel a été le plus grand défi auquel tu as été confronté lors de la production d'Équilibre ? Comment l’as-tu surmonté ? 

Principalement de composer avec la réalité pendant l’ensemble du processus de création. Je travaillais lors de cette période et ça a été compliqué de trouver du temps et de l’énergieL’approche documentaire demande beaucoup de temps pour faire émerger des scènes signifiantes. C’est pour cette raison que nous avons choisi d’ajouter une voix off en post-production, pour ajouter des éléments importants que nous n’avions pas pu capter au tournage.

Le montage a aussi été un moment confrontant pour moi. On doit composer avec ce qu’on a et faire le deuil de ce qu’on n’a pas. Un peu comme dans la vie ! Accepter l’imperfection du film, se résoudre à ce qu’il ne soit pas tout ce qu’on a imaginé, entendre les critiques… Malgré tout continuer à mettre de l’énergie dans le projet et croire que ça peut tout de même parler à d’autres.



Peux-tu partager avec nous un moment, lors de la sortie ou de la distribution de ton court-métrage, où tu as senti qu’il avait réellement eu un impact sur le public ? Qu’as-tu ressenti, en tant que réalisateur ?

J’ai ressenti le syndrome de l’imposteur sur chacune des projections de mon film mais je suis à chaque fois ressorti boosté par les retours du public (montagnard·e ou pas). Certaines personnes que je ne connaissais pas m’ont interpellées après les séances ou lors des Q&A pour me dire que ça faisait du bien de voir cela. Ça m’a permis de réaliser que le message d’Équilibre avait touché et qu’il nourrissait peut-être les réflexions des autres. À partir de là, l’objectif était rempli pour moi. J’étais très heureux !



C’est une question délicate, mais qui suscite la réflexion chez nous en tant qu'artistes : pourquoi crées-tu ? Quelle est ta motivation, et qu’est-ce qui te pousse à explorer des thématiques liées au changement social ?

 La réalité n’existe que parce qu’on a décidé collectivement qu’elle était la réalité. Aujourd’hui, nous sommes à une époque où notre structure sociale doit être urgemment réinventée. Pour moi, créer c’est participer à ce mouvement qui réfléchit à comment être autrement. C’est aussi simplement exister, affirmer ce que je suis et ce qu’on m’a légué.



Beaucoup de personnes sur indie-clips.com sont des cinéastes indépendants et/ou débutants. Peux-tu partager un conseil à notre public de réalisateurs indépendants qui réalisent leur premier court-métrage ?

Peut-être de se dire « pourquoi pas » ? Pourquoi je ne créerais pas un film ? Tout le monde est légitime. Ne laissons pas les outils audiovisuels aux dominants ! Pour le moment je travaille sur la post-production d’un film de deux grimpeuses bruxelloises qui sont parties faire un tour d’Europe en van. Elles ont voulu en profiter pour faire un documentaire qui visibilise et interroge « Celles qui grimpent » (titre du film). Elles n’avaient aucunes compétences préalables et uniquement une petite caméra amateure. Elles se sont dit « pourquoi pas », elles ont osé et leur film est super et participe aussi à la construction d’un autre récit. Je trouve ça super inspirant.



Des projets à venir ? Parle-nous un peu de tes prochains travaux !

J’aimerais prendre le temps de réaliser d’autres documentaires autour de réflexions qui me traversent mais pour le moment nous tentons de renforcer notre projet de boîte de production « Cinésie ». Nous venons de finir la réalisation d’une vidéo de présentation pour l’asbl « Nos Oignons » qui met en lien des personnes avec des problèmes de santé mentale et des agriculteurs·ices, afin de se soigner par le collectif et la terre. Un magnifique projet qui fait du bien et donne de l’espoir. Vous pouvez visionner cette vidéo sur cinesie.com 


Où peut-on voir ton travail ? Comment nos amis cinéastes peuvent-ils entrer en contact avec toi ?

Tout se trouve sur www.cinesie.com Vous y retrouverez toutes les infos sur notre projet ainsi qu’un portfolio avec nos créations !

Visionner Équilibre sur Indie-Clips

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