Grand Prix 7ème Aaaargh 2025 - Julien Cescotto - "Éloge du Capitalisme Sauvage"
Indie-Clips Original Interview avec Julien Cescotto, réalisateur du court-métrage ayant remporté le Grand Prix au festival 7ème Aaaargh édition 2025, à Namur, avec son court-métrage "Éloge du Capitalisme Sauvage"
Indie-Clips Original Interview
Edition spéciale - 7ème Aaaargh 2025
Éloge du Capitalisme Sauvage - Julien Cescotto
Julien, peux-tu nous en dire plus sur toi et sur ton court-métrage ?
Je me passionne pour le cinéma depuis mes 14 ou 15 ans environ. J'ai dévoré pas mal de films au fil des années, que ça soit en salles de cinéma ou de festivals, ou bien à la location en VHS, puis en DVD, etc., avec une prédilection pour les films de genre italiens et japonais. J'ai commencé à écrire divers scénarios ou des nouvelles vers le même âge, et, beaucoup plus tardivement, je me suis fait aussi une expérience en participant à des tournages, notamment dans la régie, et même occasionnellement comme acteur pour de petits rôles. J'ai aussi écrit pas mal de critiques cinématographique pour un journal satirique local, « Le Poiscaille », dont l'activité a hélas cessé depuis des années.
Toute cette passion m'a entraîné à tourner mes propres courts-métrages. C'est vers 2008 que j'ai commencé à réaliser des autoproductions, parfois très courtes, et avec un résultat très brouillon, mais que je ne renie pas aujourd'hui pour autant. Suite à ma formation de technicien polyvalent en audiovisuel, que j'ai faite au GSARA de Liège en 2012, les outils et compétences acquis lors de cette formation m'ont poussé à persévérer dans cette voie, et à continuer à tourner d'autres autoproductions. Je m'arrangeais pour m'entourer d'amis et d'autres personnes bienveillantes pour mener à bien ces projets aux scénarios souvent délirants et surréalistes. Et puis, bien entendu, j'ai rencontré Karim Ouelhaj et Florence Saâdi, les producteurs de Okayss, que je connais maintenant depuis de nombreuses années et avec qui j'ai collaboré sur divers projets. Grâce à ces différents types d'expériences que j'ai faites sur tout ce temps, cela a mené à ce que je réalise, chez Okayss, mon court-métrage « Éloge du capitalisme sauvage ».
Quelques mois avant la réalisation à proprement parler, j'avais deux scénarios de courts-métrages à leur proposer. Le premier s'intitulait « Le couvent du Père Barnabite », l'autre était « Éloge (...) ». Le premier était une histoire assez anticléricale et très satirique (pas forcément avec un « i », on pourrait aussi l'écrire avec un « y »!). Par contre, il était moins abouti (de mon point de vue) et plus compliqué à mettre en place (il fallait trouver un couvent ou un lieu suffisamment similaire), et Karim m'a incité à développer davantage le deuxième. Au bout de quelques version différentes, « Éloge du capitalisme sauvage » était prêt à être tourné.
Qu’est-ce qui t’a inspiré à susciter une discussion autour de ce sujet ? En quoi dirais-tu que ton court-métrage explore le monde actuel ?
L'idée de base me venait d'une blague potache que mon grand-père racontait. Il s'agissait d'un gamin ultra capricieux qui ne voulait pas manger sa soupe que ses parents lui ont préparée, et qui réclame « de la merde » à la place ! J'ai repris et développé la structure de cette blague pour en faire le scénario, en la retravaillant, en développant le background des personnages, etc., pour finalement lui donner une dimension politique et, à mon sens, subversive. Je ne peux malheureusement pas la raconter ici, car cela spoilerait l'intégralité du court-métrage.
J'ai tenté, avec ce film, de parler et de questionner divers sujets lié au monde dans lequel on vit, notamment l'éducation, notre rapport à l'enfance, à l'autorité (ou son absence), la recherche de pouvoir, le manque, voire la non-existence, de limites... Le personnage de Toto, à l'instar du capitalisme sauvage du titre, fonctionne selon un instinct destructeur, il rationalise et calcule tout en fonction d'une pulsion, qui elle, paradoxalement, est irrationnelle à la base. La recherche du profit maximal, peu importe les moyens mis en place, se traduit ici, métaphoriquement, par une recherche de pouvoir total chez ce personnage, qui, de plus, possède une apparence hideuse. Et les autres personnages semblent ne pas la voir (ou y sont habitués).
En ce qui concerne l'aspect « merde » de mon film, je me rappelle, il y a quelques années, avoir lu un article sur internet qui parlait du secteur volailler aux États-Unis. Une entreprise de ce secteur soumettait ses ouvriers à de telles pressions niveau travail qu'ils n'avaient même pas le temps ni l'autorisation de se rendre aux toilettes, sous prétexte que cela ralentissait la cadence de travail et la rentabilité. Les ouvriers en étaient réduits à porter des couches pour éviter qu'ils aient à se rendre aux toilettes... Je pense également aux livreurs d'Amazon, par exemple, qui n'ont pas non plus le temps de s'arrêter pour ça et qui ont un seau dans leur camionnette. De telles horreurs liées aux travers et aux excès d'un système économique sont hélas bien réelles. Et je ne parle même des détails de l'affaire « Dubai Porta Potty »... Mon court-métrage est une fiction qui met en scène un monde où plus aucune limite ne semble infranchissable. Je me souviens par ailleurs d'un ancien film post-apocalyptique, « Terre brûlée » (1970, de Cornel Wilde), très violent et réaliste, mettant en scène toutes sortes de catastrophes liées aux excès de l'humain, et qui se terminait sur le message suivant : « Ce film n'est pas un documentaire... mais il pourrait le devenir ! » Je dis que mon court-métrage est une fiction, mais quand j'entends parler de faits comme ceux que je viens d'évoquer, je me demande si mon film n'est pas déjà un documentaire (rires) !
Quel a été le plus grand défi auquel tu as été confronté lors de la production de ton court-métrage ? Comment l’as-tu surmonté ?
Le tournage a duré deux jours. Le premier jour, j'ai eu quelques difficultés à trouver suffisamment bien mes repères en tant que réalisateur. La dose de stress à gérer et de responsabilités à prendre est d'une autre paire de manches que dans mes anciennes autoproductions, évidemment. Heureusement que j'étais entouré d'une équipe très bienveillante ! Mais malgré cela, en fin de journée, quand j'ai tenté d'aller dormir, le stress pour moi était si élevé que j'ai finalement très peu dormi (environ trois heures sur la nuit). Et pourtant, le lendemain matin, je me suis dit : « Bon, j'y vais, je fonce, je fais les choses du mieux que je peux ! » et la journée a été beaucoup moins éprouvante émotionnellement et moins stressante pour moi. Même avec peu d'heures de sommeil, je n'ai pas manqué d'énergie, j'étais prêt à mener à bien les choses au maximum.
Peux-tu partager avec nous un moment, lors de la sortie ou de la distribution de ton court-métrage, où tu as senti qu’il avait réellement eu un impact sur le public ? Qu’as-tu ressenti, en tant que réalisateur ?
La première mondiale a eu lieu en Italie, au Monsters Fantastic Film Festival de Taranto, fin 2024. Ce jour-là, c'était le Black Friday, ce qui était déjà très drôle pour un film intitulé « Éloge du capitalisme sauvage »... Je n'étais hélas pas présent sur place, mais j'ai appris que j'avais obtenu le Grand Prix du Court-métrage à ce festival. Je ne m'y attendais pas du tout ! Cela a été un surprise et une joie monumentales !
C’est une question délicate, mais qui suscite la réflexion chez nous en tant qu'artistes : pourquoi crées-tu ? Quelle est ta motivation, et qu’est-ce qui te pousse à explorer les thématiques que tu explores ?
J'aime écrire sur des sujets plutôt atypiques, drôles, étranges, satiriques ou transgressifs, puis filmer tout ça. Pour dire l'une des choses qui me motivent à créer, je me souviens d'une citation d'un cinéaste japonais, un certain Kôji Wakamatsu (« L'extase des anges », « Go Go, Second Time Virgin »...). Ancien yakuza, il disait qu'il s'était lancé dans le cinéma « pour pouvoir y tuer des flics sans aller en prison »... Personnellement, pour le paraphraser, dans ma modeste mesure, j'espère, avec le cinéma, pouvoir massacrer des cons de tous bords de manière légale.
Par ailleurs, je trouve que le cinéma constitue également une sorte de refuge, où l'on peut être confronté à toutes sortes de problèmes sociétaux, politiques, ou d'ordre psychologique, humain... Mais tout cela sans risques réels. Il ne s'agit finalement que d'images et de sons. Si quelqu'un était témoin et survivant, en vrai, de la fusillade finale de « La horde sauvage », le western de Sam Peckinpah, cette personne serait très probablement traumatisée à vie !... Cependant, cet aspect fiction ne veut pas dire qu'il y a zéro impact sur les spectateurs/trices, et sur le réel. Ce paradoxe d'être, d'une certaine manière, « tranquilles » face à des situations dérangeantes ou inconfortables, a quelque chose de fascinant. J'espère pouvoir secouer d'une manière ou d'une autre les gens qui viendront voir ce que je fais, c'est une autre des raisons qui me donnent envie de créer.
Beaucoup de personnes sur indie-clips.com sont des cinéastes indépendants et/ou débutants. Peux-tu partager un conseil à notre public de réalisateurs indépendants qui réalisent leur premier court-métrage ?
Oui, entourez-vous au maximum et autant que possible de personnes bienveillantes, à chaque étape de la fabrication du film (écriture, réalisation, post-prod., etc). Écoutez les conseils de ces personnes, si elles en ont, tout en restant raccord avec le bien de votre projet. Armez-vous de courage et de persévérance. Si on se plante sur quelque chose, eh bien on se relève et on continue.
Des projets à venir ? Parle-nous un peu de tes prochains travaux !
Pour mes prochains travaux, je garde ces infos pour moi pour le moment.
Où peut-on voir ton travail ? Comment nos amis cinéastes peuvent-ils entrer en contact avec toi ?
Pour mes prochains travaux, je garde ces infos pour moi pour le moment.
En ce qui concerne mes anciens courts, j'ai une chaîne Youtube et une chaîne Vimeo sur laquelle ils sont visibles. J'ai donné le même pseudonyme à ces deux chaînes : « Salvador Alien Day ».
Voici les liens (il y a davantage à voir sur la chaîne Youtube) :
Sur Youtube (il y a diverses playlists, dont une avec mes courts) :
https://www.youtube.com/@salvadoralienday5055
Sur Vimeo :
https://vimeo.com/user96238576
Pour me joindre : jjcescotto@hotmail.com
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