Personnage Secondaire : Parler des Réseaux Sociaux - Ivan Robert
Dans cette interview, Ivan Robert, réalisateur du court-métrage Personnage Secondaire, nous emmène dans les coulisses de son tournage et nous explique son parcours. Cette interview fait partie de notre collection "Films for a Change" : des court-métrages en faveur du changement social !
"J'ai eu cette angoisse : et si je devenais le personnage secondaire de ma vie ?"
Personnage Secondaire
Ivan Robert
Ivan, peux-tu nous en dire plus sur toi et sur ton court-métrage Personnage Secondaire ?
Je suis Ivan, ingénieur récemment diplômé. J’ai réalisé Personnage Secondaire en fin de dernière année d’études, dans le cadre de la dernière projection de l’association vidéo de l’école.
Personnage secondaire parle d’un étudiant qui tente de se libérer de l’étreinte de la comparaison, des réseaux sociaux et de l’isolement. Un étudiant dont le rêve est de réaliser un film, mais qui n’a pas le moyen de le faire.
Tout le monde veut être le personnage principal de sa vie, mais personne n’en a la même définition. J’ai voulu mettre en image la possibilité d’être le personnage principal sans pour autant naviguer dans la réussite.
— (spoiler) —
Dans le court métrage, on ne saura jamais si l’étudiant a réussi à faire son film. Pourtant, il n’y a pas de doute sur le fait qu’il est au final en paix avec lui-même, le personnage principal.
Qu’est-ce qui t’a inspiré à susciter une discussion autour de ce sujet ? En quoi dirais-tu que ton court-métrage explore ou propose un changement ?
Au milieu d’une randonnée avec des amis, j’ai eu cette angoisse : et si je devenais le personnage secondaire de ma vie ? Un projet ? Trop long, trop d’emmerdes, trop d’argent à débourser. Sortir ? Mais où ? Autant rester scroller dans mon lit. Pourquoi apprendre un nouvel instrument de musique si c’est pour mettre 3 ans à atteindre un niveau plus que moyen ?
J’avais tellement bridé mon envie de devenir un mauvais personnage principal, que je prenais la voie du bon personnage secondaire.
J’ai décidé de montrer cette angoisse au monde (ou plutôt à mes 900 camarades de promo, restons réalistes). Moi qui avais participé à la production de plus d’une cinquantaine de vidéos avec cette asso, je n’avais jamais mis mon nom derrière une vidéo. Quitte à ce que ce soit pourri, je voulais transmettre un message d’espoir et mettre mon nom derrière. C’était notre toute dernière projection en tant qu’asso, alors j’ai saisi ma chance et j’ai essayé.
Personnage Secondaire montre la fracture de confiance en soi induite par les réseaux sociaux. En deux clics on est assailli de centaines de millions d’années de pratique dans tous les domaines imaginables. Pourtant, le monde réel ne nous offre que quelques heures par jour pour développer ses passions. Pour quiconque n’étant pas en paix avec qui il est, il est naturel de perdre foi en ses capacités dans le réel. Ce phénomène est en train d’être amplifié et empiré par l’essor des LLM et de l’intelligence artificielle générative, face à laquelle artistes, développeurs, créatifs et penseurs se rassemblent dans un doute commun. Avec mon court métrage, j’ai voulu montrer que chacun pouvait changer, créer des liens et détruire cette limite.
C’est un appel à un changement intérieur, pour briser ce mur conçu pour nous séparer en nous réunissant autour de nos passions.
Quel a été le plus grand défi auquel tu as été confronté lors de la production de Personnage Secondaire ? Comment l’as-tu surmonté ?
En commençant ce court-métrage, ça a été difficile de faire en sorte que les gens me suivent. J’ai toujours été un “enabler”, pas un leader : toujours procédé en m’appuyant sur l’énergie du leader, en repérant ses forces et compensant ses faiblesses. Mes plus grandes réussites (cinématographiques ou non) ont été réalisées en étant “l’homme derrière l’écran”. Alors forcément, lorsqu’il faut être le leader d’une vidéo à produire rapidement (2 semaines) avec un budget réduit par la production simultanées d’autres projets, ça coince. Par exemple, cela m’a pris 2 tentatives pour avoir une personne qui me filme dans ma chambre pendant une heure.
Je les comprends, tout le monde était sous pression et le nombre d’étudiants investis ne crevait pas le plafond. Alors autant suivre les leaders habituels, à quoi bon suivre l’habituel couteau-suisse dans sa lubie. Cette fois j’étais le réalisateur, l’acteur (bien bidon d’ailleurs) et pas celui que l’on oublie derrière la caméra.
Finalement, entre les limites techniques et logistiques et mes erreurs d’écriture, le court métrage ne ressemble pas vraiment à ce que je cherchais (comme tous les court-métrages vous me direz). Néanmoins j’y ai mis du coeur et de l’intention et en est sorti un fichier vidéo, qui transmet un message proche de l’intention initiale et contient quelques séquences sympas. De ce point de vue, appelons cela une réussite.
Peux-tu partager avec nous un moment, lors de la sortie ou de la distribution de ton court-métrage, où tu as senti qu’il avait réellement eu un impact sur le public ? Qu’as-tu ressenti, en tant que réalisateur ?
Le lendemain de la projection de la vidéo, un très bon ami et mentor en vidéo m’a envoyé un message disant que ma vidéo l’avait touché. Il ne m’a pas dit “bravo”, il m’a dit “merci”. J’étais heureux qu’une personne puisse s’y reconnaître, j’avais le sentiment d’avoir au moins en partie réussi mon pari.
Le film a été projeté devant 600 étudiants de l’école, au cours d’un évènement bruyant et convivial. Cependant, pendant le film il n’y a pas eu un bruit. Est-ce que les gens s’ennuyaient ? Peut-être. Habituellement ils se lèvent où parlent. Ici ils avaient l’air… concentrés. Ils étaient peut-être étonnés de voir ce type de court-métrage au milieu des parodies et des sketchs.
Le lendemain, plusieurs personnes m’ont félicité, dont certaines que je ne connaissais pas. C’était la fin de la magie, la vie reprenait son cours, de retour aux optimisations et aux équations différentielles. En tant que réalisateur j’étais heureux et fier d’avoir pu être associé à une production sur laquelle mes camarades se sont attardés.
C’est une question délicate, mais qui suscite la réflexion chez nous en tant qu'artistes : pourquoi crées-tu ? Quelle est ta motivation, et qu’est-ce qui te pousse à explorer des thématiques liées au changement social ?
Je dirais simplement que créer ouvre la porte vers un monde sans limites. Un monde où l’on peut être quelqu’un d’autre, avoir des super-pouvoirs, ou simplement rêvasser en pensant à sa journée. Il y a également un aspect pratique : on dit que l’on est le plus heureux et maximisant le temps passé dans un état de flow. Créer, étudier, faire du sport sont toutes des très bonnes façons d’y arriver. L’avantage lorsque l’on crée est que l’on a un produit final tangible, qui marque notre progression et nous offre des souvenirs.
Honnêtement la thématique du changement social était un accident, je voulais extérioriser un sentiment et imprimer une trace de ma lutte face à ces doutes. Je pense que le thème choisi était un doute commun à beaucoup d’étudiants, et je voulais montrer l’existence d’une porte de sortie.
Peux-tu partager un conseil à notre public de réalisateurs indépendants qui réalisent leur premier court-métrage ?
Au lieu de raconter une histoire compliquée, montre une histoire simple. Avec une seule idée véhiculée. Remplace les morts par les sourires, les ellipses par l’attente, les dialogues par le silence. Fais des plans avec de l’intention, à chaque fois. C’est suffisamment compliqué de faire un film, alors fais un film simple sur des choses que tu connais et mets-y tout ton coeur.
Des projets à venir ? Parle-nous un peu de tes prochains travaux !
Rien de prévu. Les projets de vidéo ça a toujours été un travail monstre, pour un résultat qui ne me plaît pas. Je suis devenu un peu frileux à cette réalisation. Cependant j’ai envie de me frotter de nouveau au dessin, pourquoi pas pour en faire un projet d’animation.
Où peut-on voir ton travail ? Comment nos amis cinéastes peuvent-ils entrer en contact avec toi ?
Vous pourrez trouver les deux premiers épisodes de la trilogie “Dans le stud’” sur le site https://www.hyris.tv (l’association où je travaillais sous le pseudo “Crépuscule”, un nom de poney je sais bien). Les autres vidéos auxquelles j’ai participé ne sont pas accessibles publiquement.
Si vous voulez me contacter, vous pouvez m’envoyer un mail à l’adresse ivan.rog.robert@gmail.com
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