"Il ne faut pas écouter les gens qui disent que vous n'êtes pas à la hauteur, l'important c'est d'être soi-même"
Perpétuer les Traditions
Emeric Gallego
Emeric, peux-tu nous en dire plus sur toi et sur ton court-métrage Perpétuer les Traditions ?
Bonjour à vous et c'est vraiment gentil de me poser des questions. Alors, je suis photographe principalement mais également réalisateur de court métrage. En fait, j'ai passé une grande partie de ces dernières années à savoir ce que je voulais faire.
Perpétuer les Traditions est un drame très intime sur l'excision. C'est une mutilation terrible que certaines petites filles subissent dans certains pays. J'avais donc ce besoin d'en parler, même si à plusieurs reprises, on m'a dit que je ne devrais pas le faire.
Qu’est-ce qui t’a inspiré à susciter une discussion autour de ce sujet ? En quoi dirais-tu que ton court-métrage explore ou propose un changement ?
Récemment, la Gambie a dépénalisé l'excision au nom des valeurs familiales et des traditions ancestrales, un truc comme ça. C'est quelque chose qui continue mais dont on ne parle quasiment jamais. J'avais donc besoin d'en parler. C'est une façon pour moi d'ouvrir les yeux sur ce sujet et de traiter des luttes actuelles. Aujourd'hui, très peu de personnes en parlent encore. C'était donc nécessaire d'en parler avec un film très court sans pour autant choquer.
Quel a été le plus grand défi auquel tu as été confronté lors de la production de Perpétuer les Traditions ? Comment l’as-tu surmonté ?
Le véritable défi de ce court métrage, c'est tout simplement son sujet. Les films qui traitent de ce sujet sont immensément rare et se consacrent avant tout sur l'horreur de l'acte. Ce que je voulais réellement montrer, c'est comment cet acte barbare au nom d'une tradition de famille peut tout simplement détruire les relations. Combien de femmes ont perdu toute confiance en leurs parents suite à cette mutilation ? Avec Perpétuer les Traditions, c'était vital de ne pas mentionner ce mot une seule fois pour ne pas le banaliser mais surtout, la meilleure façon d'en parler était de montrer le conflit entre une mère et sa fille, tous deux victimes. Tout au long de l'histoire, on réalise à quel point la conversation entre les deux n'est qu'un échec et qu'aucune des deux femmes ne peut convaincre l'autre sans trahir les valeurs familiales. C'est quelque chose de terrifiant mais c'est aussi quelque chose de bien réel.
Peux-tu partager avec nous un moment, lors de la sortie ou de la distribution de ton court-métrage, où tu as senti qu’il avait réellement eu un impact sur le public ? Qu’as-tu ressenti, en tant que réalisateur ?
Pendant une projection organisée en toute surprise dans un événement dont j'étais photographe, une personne s'est approchée de moi et m'a dit que je n'étais peut être pas la personne la mieux placé pour parler d'un tel sujet. C'était très vexant et j'ai voulu finalement abandonner l'envie de le projeter. Puis un jour, le film a attiré l'attention d'associations qui luttent contre l'excision et nous l'avons projeté ensemble au Sénat. Bon, en vrai ça ne changera sans doute pas grand chose mais ça permet d'alimenter les débats.
C’est une question délicate, mais qui suscite la réflexion chez nous en tant qu'artistes : pourquoi crées-tu ? Quelle est ta motivation, et qu’est-ce qui te pousse à explorer des thématiques liées au changement social ?
Je n'ai pas vraiment confiance en moi et je peine souvent à sociabiliser. Créer, c'est un moyen de m'ouvrir au monde. Sans ça, je serais perdu. Ce qui me pousse à explorer des thématiques sociales, c'est tout simplement de pouvoir éveiller les consciences et d'aider à ouvrir les yeux.
Beaucoup de personnes sur indie-clips.com sont des cinéastes indépendants et/ou débutants. Peux-tu partager un conseil à notre public de réalisateurs indépendants qui réalisent leur premier court-métrage ?
Faut rien lâcher et surtout il ne faut pas écouter les avis négatifs ou toutes les personnes qui vous disent que vous n'êtes pas à la hauteur. L'important c'est d'être soi même.
Des projets à venir ? Parle-nous un peu de tes prochains travaux !
Rien d'extraordinaire pour le moment. Je vais continuer à exposer mes photos dans d'autres endroits. Mais en termes de court métrage, c'est un peu compliqué.
Où peut-on voir ton travail ? Comment nos amis cinéastes peuvent-ils entrer en contact avec toi ?
Je n'ai pas encore de site internet mais on peut me trouver sur Instagram avec mon compte @emericgallego. Si besoin d'un conseil ou quoique ce soit, je serais ravi de pouvoir aider.