Guérisons : parler de l'Endométriose - Interview Johanna Tixier et Mounir Slama
Dans cette interview, Johanna Tixier, scénariste, et Mounir Slama, réalisateur du court-métrage Guérisons, nous emmènent dans les coulisses de leur tournage et nous expliquent leur parcours. Cette interview fait partie de notre collection "Films for a Change" : des court-métrages en faveur du changement social !
"Mon conseil est de bien s'entourer"
Guérisons
Johanna Tixier et Mounir Slama
Mounir, Johanna pouvez-vous nous en dire plus sur vous et votre court-métrage Guérisons ?
Johanna Tixier - Je suis comédienne, metteuse en scène et co-directrice artistique de la compagnie Le 13eme Cri, une compagnie de théâtre. J'ai toujours écrit, créée depuis mon enfance. J'ai écrit ce court-métrage à la suite d' une expérience personnelle.
MS - Je m'appelle SLAMA Mounir, je suis médecin généraliste et réalisateur de films en lien avec la santé. Mon activité professionnelle est une source d'inspiration intarissable. Guérisons est mon troisième court-métrage après "Routine" et "Issue de secours".
Qu’est-ce qui vous a inspiré à susciter une discussion autour de ce sujet ? En quoi diriez-vous que votre court-métrage explore ou propose un changement ?
JT - J'étais atteinte d'endométriose et j'ai voulu partager cette expérience sous forme de fiction. Parler du parcours chaotique de soin, de la douleur physique et mentale mais aussi de résilience. On dit de cette maladie que l'on ne peut pas guérir. Pourtant je connais des femmes qui n'ont plus de symptômes depuis plusieurs années et c'est aussi devenu mon cas. J'ai donc voulu apporter une lueur d'espoir pour les femmes.
MS - Ma rencontre avec Johanna m'a permis de me projeter dans le projet et mettre à profit mes connaissances de médecin généraliste pour l'accompagner dans ce projet. Dans le processus créatif, Johanna m'a proposé de réaliser ce que j'ai accepté avec grand plaisir. Ce film explore l'errance thérapeutique et les violences que peuvent subir les femmes lors de certaines consultations gynécologiques. Il s'agit d'exposer une réalité souvent taboue voir ignorée aussi bien par la société que par les professionnels de santé. Il s'agit d'une réflexion autour du parcours de soins des femmes atteintes d'endométriose et les violences gynécologiques dont elles peuvent être victimes. L'idée est de créer une prise de conscience pour créer une impulsion réflexive vis-à-vis de la pratique de certains professionnels et sensibiliser le public à cette maladie qui touche 10% des femmes. Donc le changement, oui bien sûr :)
Quel a été le plus grand défi lors de la production de Guérisons ? Comment l’avez-vous surmonté ?
JT - Premièrement, le nerf de la guerre.. le financement. 75 personnes qui ont travaillé dessus avec une forte exigence artistique, ça nécessite des moyens ! Mais on y est arrivé :) avec pas mal d'huile de coude et donc de bénévolat.
Le deuxième frein que j'ai rencontré a plutôt été d'ordre moral... beaucoup de personnes encore sont contre le fait qu'on peut véhiculer l'idée d'une potentielle "guérison" de cette maladie.
Enfin, cette maladie m'a amené à m'ouvrir spirituellement, à m'intéresser aussi à des médecines complémentaires.; ce qui a pu aussi être un frein pour certaine personne dans le message final.
MS - Le plus grand défi : la préparation du tournage avec tous les décors que nous avons créés : le cabinet des médecins, les toilettes etc Heureusement que Betsa Clavell notre directrice artistique a pu mobiliser une équipe incroyable de 15 personnes pour permettre de rendre ce film aussi riche visuellement.
Pouvez-vous partager avec nous un moment, lors de la sortie ou de la distribution de votre court-métrage, où vous avez senti qu’il avait réellement eu un impact sur le public ? Qu’avez-vous ressenti, en tant que scénariste et réalisateur du film ?
JT - Je ressens beaucoup de gratification quand les femmes en général me disent qu'elles se retrouvent dans notre court-métrage. Je me dis que ça nous permet à toutes de nous sentir moins seules.
Deuxièmement, j'ai vu que certaines étaient surprises d'entendre que je n'avais plus de symptômes et j'ai senti que ça leur donnait de l'espoir de l'entendre.
Enfin quand une personne de sexe masculin me dit que ce court-métrage lui a permi de comprendre ce que vivent les femmes, je ressens comme un grand soulagement.
MS - Toutes les projections sont intenses, plusieurs femmes partagent leur ressenti. Tous les femmes présentes ont confirmé qu'elles ont déjà vécu des situations similaires ce qui nous conforte dans notre démarche.
C’est une question délicate, mais qui suscite la réflexion chez nous en tant qu'artistes : pourquoi créer ? Quelle est votre motivation, et qu’est-ce qui vous pousse à explorer des thématiques liées au changement social ?
JT - Je crée parce que pour être honnête c'est d'abord vital pour moi.. depuis mon enfance. J'ai senti aussi que ça m'a permis de m'ouvrir au monde, aux personnes qui m'entourent et je crois au fil des années, de devenir une meilleure personne. C'est aussi une manière de garder son âme d'enfant ( avec des responsabilités de grands ;) ). Pour ce qui est des thématiques, j'aime bien les "jolies formes" mais j'aime surtout qu' il y ait du fond que ce soit dans mes relations ou dans ma démarche artistique ... J'aime parler de ce qui me touche, me questionne. Et en général, grâce à l'art, je trouve mes réponses
MS - Je crée parce que j'en ressens le besoin profond. L'éducation populaire est un pilier pour une société saine, équitable, éveillée mais comme dit Franck Lepage : l'éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu...
Raison de plus pour s'investir dans cet engagement.
Beaucoup de personnes sur indie-clips.com sont des cinéastes indépendants et/ou débutants. Pouvez-vous partager un conseil à notre public de réalisateurs indépendants qui réalisent leur premier court-métrage ?
JT - Réalisez.. réalisez.. réalisez ! passez à l'action ! Ya peu de chance que ce soit le 1er qui te rendra célèbre mais si tu persévères il te permettra peut-être de le devenir par la suite ;)
MS - Mon conseil est de bien s'entourer, d'être patient et ne pas se précipiter pour réaliser son premier. Laisser maturer les idées, prendre son temps sur le plan artistique (écriture...) et administratif (subventions).
Des projets à venir ? Parlez-nous un peu de vos prochains travaux !
JT - Pleins ! Je mets en scène et joue en ce moment dans le projet " The Jury experience" en collaboration avec l'agence Fever.
Avec notre compagnie Le 13eme Cri, on joue tous les vendredis à présent au Dikkenek café à la Croix Rousse, des concepts d'impro immersif ;)
MS - Je travaille en ce moment sur la diffusion de mon dernier court-métrage "les bons mots" qui parle de la rencontre d'un étudiant en médecine et un greffé cardiaque. Une histoire d'amitié inattendue qui se noue dans une atmosphère de tension hospitalière.
Où peut-on voir votre travail ? Comment nos amis cinéastes peuvent-ils entrer en contact avec vous ?
JT - Bande démo Comédienne Johanna Tixier
MS - Mon travail n'est pas encore complètement disponible pour des raisons liées à la diffusion. Cependant le film "ROUTINE" est disponible sur Youtube.
Regardez "Guérisons" sur indie-clips.com
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