Tabac Froid : Parler de l'Inceste - Arthur Jamain

Dans cette interview, Arthur Jamain, réalisateur du court-métrage Tabac Froid (Stale Smoke), nous emmène dans les coulisses de son tournage et nous explique son parcours. Cette interview fait partie de notre collection "Films for a Change" : des court-métrages en faveur du changement social !

Fevr. 14, 2026 - 18:34
Fevr. 14, 2026 - 19:39
 0  3
Tabac Froid : Parler de l'Inceste - Arthur Jamain

"Exprimer ces thématiques à haute voix les rend peut-être moins effrayantes"

Tabac Froid

Réalisé par Arthur Jamain

Arthur, peux-tu nous en dire plus sur toi et sur ton court-métrage Tabac Froid ?

Je m’appelle Arthur Jamain, j’ai réalisé Tabac Froid dans le cadre de mon film de fin d’études à l’Atelier de Sèvres. C’est un film que j’ai réalisé seul pendant 1 an, mais j’ai eu la chance de recevoir beaucoup d’aides de camarades d’autres promotions ainsi que des intervenants qui m’ont suivi sur cette année. Je me suis tourné vers la pratique du stop motion car j’aimais avoir une caméra et ainsi pouvoir choisir mon cadre (et je n’apprécie pas trop le dessin). C’est donc ma colocataire Thanys Martin qui a réalisé le design des personnages de mon film que j’ai ensuite traduit en volume.

Qu’est-ce qui t’a inspiré à susciter une discussion autour de ce sujet ? En quoi dirais-tu que ton court-métrage explore ou propose un changement ?

Pour ce film il était important pour moi qu’il traite de l’inceste et de comment on en parle à sa famille. Je ne dirai pas que mon film propose un changement car les personnages ne proposent aucune solution, mais je sais que j’apprécie les films qui explorent des sujets de la vie et s'interrogent. Exprimer ces thématiques à haute voix les rend peut-être moins effrayantes.

Quel a été le plus grand défi auquel tu as été confronté lors de la production de Tabac Froid ? Comment l’as-tu surmonté ?

Il y a bien sûr eu plusieurs défis techniques, je pense que le plus compliqué était le plan en travelling horizontal au début du film, lorsque Guigui et Lucas entrent dans l’appartement du protagoniste. Avec ce premier mouvement de caméra jusque-là fixe, je voulais marquer un changement dans la narration visuelle. Je n’avais pas le matériel adéquat pour faire un travelling j’ai donc dû faire avec les moyens du bord. J’ai utilisé une règle en papier de chez leroy merlin pour avancer millimètre par millimètre la caméra tout en animant en même temps les personnages. Normalement, pour un plan avec un seul personnage qui parle je peux animer 7 secondes de film par jour, mais là du fait des 3 personnages à l’écran qui se déplacent en marchant, demandant beaucoup d’efforts techniques je pouvais difficilement dépasser les 3 secondes. Ce qui m’a sauvé et fut un heureux hasard est la vitre givrée de la cuisine qui ne laisse voir les personnages qu’en tâche. Les personnages n’étant plus nets quand ils étaient derrière la vitre je n’avais plus besoin d’animer avec précision ce qui m’a fait gagner beaucoup de temps.

Peux-tu partager avec nous un moment, lors de la sortie ou de la distribution de ton court-métrage, où tu as senti qu’il avait réellement eu un impact sur le public ? Qu’as-tu ressenti, en tant que réalisateur ?

J’ai reçu une fois un message sur instagram d’une personne en Argentine qui venait de voir mon film. Un message très touchant et personnel et ça m’avait fait extrêmement plaisir de savoir que mon film pouvait toucher au-delà de la langue. 

C’est une question délicate, mais qui suscite la réflexion chez nous en tant qu'artistes : pourquoi crées-tu ? Quelle est ta motivation, et qu’est-ce qui te pousse à explorer des thématiques liées au changement social ?

J’adore les films tranches de vie, j’aime suivre le quotidien d’un personnage, découvrir son environnement. Pourquoi je fais ça je ne sais pas trop, mais j’ai relu par hasard la première lettre de Rainer Maria Rilke dernièrement. C’est un livre qui m’a accompagné lors de ma première année de classe préparatoire en art et m’a beaucoup aidé. Dans ce livre, Rilke parle de la nécessité de faire de la poésie, qu’on le fait parce que c’est nécessaire. Je n’ai pas plus de réponses mais je sais que pour le moment celle-ci me suffit à continuer de me donner envie de créer.

Beaucoup de personnes sur indie-clips.com sont des cinéastes indépendants et/ou débutants. Peux-tu partager un conseil à notre public de réalisateurs indépendants qui réalisent leur premier court-métrage ?

Je pense que regarder des films et en parler est le meilleur conseil qu’on m’avait donné. En deuxième année d’études je me suis plongé dans le cinéma et beaucoup de films que j’ai pu voir m’ont inspiré. Comment la caméra est portée, le montage, les dialogues. Toutes ces images m’ont inspiré et donné envie de faire du cinéma.

Des projets à venir ? Parle-nous un peu de tes prochains travaux !

J’écris en ce moment un court métrage sur le dispositif téléphone STOP qui permet aux personnes sexuellement attirées par les enfants d’être orientées. J’ai pu rencontrer la CRIAVS de Lyon qui est une des antennes qui s’occupe de répondre aux appels. Je souhaite suivre le premier appel d’un homme. On suivra son récit au travers du répondant, car on ne verra ni n’y entendra jamais sa voix. A la fin d’un appel, les répondants se réunissent pour débriefer un appel et ça ne sera que ses moments qu’on verra. J'ai très hâte de continuer ce projet et j’espère qu’il réussira à voir le jour !

Où peut-on voir ton travail ? Comment nos amis cinéastes peuvent-ils entrer en contact avec toi ?

Je suis sur les réseaux sur instagram @jamainarthur c’est ici que je poste mon travail :)

Visionnez le court-métrage Tabac Froid sur indie-clips.com

Quelle est votre réaction?

J'aime J'aime 0
Je n'aime pas Je n'aime pas 0
J'adore J'adore 0
Drôle Drôle 0
En colère En colère 0
Triste Triste 0
Wow Wow 0