Interview – Pascal Zander : « Dans ce métier, l’attitude fait souvent plus la différence que les compétences »
Lors des portes ouvertes de l’ESRA Bruxelles, nous avons rencontré Pascal Zander, ingénieur du son et intervenant à l’école. Entre son parcours à la RTBF, son travail en studio et son rôle auprès des étudiants, il nous parle de transmission, de pratique et de l’importance de l’attitude dans les métiers de l’audiovisuel.
Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?
Je m’appelle Pascal Zander et je suis ingénieur du son depuis très longtemps. J’ai travaillé pendant de nombreuses années à la RTBF, où j’ai notamment été responsable des mixages pour différentes émissions et productions, dont The Voice. J’ai aussi beaucoup travaillé sur le mixage de documentaires.
Il y a une quinzaine d’années, j’ai ouvert mon propre studio en parallèle de mon travail à la RTBF. Et puis, il y a environ cinq ans, j’ai décidé de quitter la RTBF pour me consacrer entièrement à mon activité indépendante.
Aujourd’hui, je fais principalement du montage son et du mixage pour des documentaires, des séries et aussi des projets musicaux. Je fais encore un peu de sonorisation, mais davantage pour le plaisir.
Quel est ton rôle auprès des étudiants à l’ESRA ?
À l’école, je ne donne pas vraiment de cours théoriques : j’encadre surtout les travaux pratiques.
Pour moi, la transmission est une vraie passion. Ce qui est intéressant ici, c’est que les professeurs sont tous des professionnels en activité. Cela permet de partager avec les étudiants des choses très concrètes, parfois même ce que nous avons fait la veille dans notre travail.
Je peux leur montrer des astuces, des méthodes, des réflexes professionnels. Et pour eux, c’est précieux parce qu’ils sont toujours en contact avec les pratiques actuelles du métier.
Comment se déroulent ces travaux pratiques ?
L’un des grands avantages ici, c’est la taille des groupes. Dans les TP, j’ai rarement plus de cinq ou six étudiants.
Quand on travaille sur des prises de son musicales, les groupes peuvent être un peu plus grands. Mais quand il s’agit de montage son ou de mixage pour le cinéma, on est souvent seulement deux étudiants. C’est presque du cours particulier.
Mon rôle n’est pas de faire le travail à leur place, mais de les accompagner, de les guider. L’objectif, c’est qu’ils avancent dans leur projet tout en apprenant de nouvelles choses.
Quel conseil donnerais-tu à un étudiant qui veut profiter au maximum de ses études ici ?
La chose la plus importante, c’est l’attitude.
Dans ces métiers, on travaille parfois seul, mais la plupart du temps on est en collaboration avec d’autres personnes. Il faut donc savoir travailler en équipe, partager, être fiable.
Être sérieux, arriver à l’heure, faire son travail correctement… cela paraît simple, mais c’est déjà énorme. Et puis il faut être quelqu’un en qui on peut avoir confiance.
Je dirais aussi qu’il faut se donner à fond pendant ses études. Si on peut déjà développer sa passion à ce moment-là, c’est encore mieux.
Donc l’attitude compte autant que les compétences ?
Oui, et parfois même plus.
Les compétences, on peut les acquérir avec le temps. Mais l’attitude — la façon d’être avec les autres, le sérieux, l’envie — c’est beaucoup plus difficile à apprendre.
C’est vraiment cela qui fait la différence dans ce métier.
Tu évoquais aussi les stages. Tu accueilles parfois des étudiants dans ton studio ?
Oui, ça arrive. Chaque année, plusieurs étudiants me demandent s’ils peuvent venir en stage.
Mais ce n’est pas toujours simple. Accueillir un stagiaire est très enrichissant, mais cela demande aussi du temps. Il y a un vrai travail de formation derrière.
En ce moment, j’ai un étudiant en stage qui s’appelle Matisse. Cela se passe très bien : il est motivé, il travaille sérieusement et il montre qu’il a vraiment envie d’apprendre.
Il fait aussi beaucoup d’efforts pour venir jusqu’au studio. Pour moi, c’est un signe important : quelqu’un qui est prêt à faire deux heures de route matin et soir pour apprendre, c’est quelqu’un qui ira loin.
Que peuvent faire concrètement les stagiaires avec toi ?
Cela dépend du moment et des projets sur lesquels je travaille.
Mais j’essaie toujours de leur confier de vraies tâches. Par exemple, il peut travailler sur du montage son ou participer à des projets de films ou de séries.
Le but est que ce soit une expérience réellement formatrice.
Tu évoquais aussi la question de la réputation dans le milieu…
Oui, parce que le monde de l’audiovisuel en Belgique est relativement petit. Les gens se connaissent et les recommandations circulent vite.
Quand je recommande quelqu’un à un collègue, j’engage un peu ma responsabilité. Si la personne ne fait pas correctement son travail, cela peut aussi retomber sur moi.
C’est pour cela que l’attitude et le sérieux sont si importants.
Tu peux nous parler de ton studio ?
J’ai installé mon studio Stand Up Audio directement chez moi. C’est ce qu’on appelle un auditorium de mixage, avec un grand écran de cinéma et tout l’équipement nécessaire pour travailler sur des films et des séries.
Habituellement, ce type de studio se trouve dans de grands bâtiments ou des complexes professionnels. Moi, j’ai voulu créer cet espace chez moi afin de garder une structure plus flexible et des budgets plus accessibles pour les productions.
J’y réalise principalement du montage son et du mixage pour des documentaires, des séries et des films, en tant qu’indépendant.
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